Pourquoi l’ankh est-il devenu un symbole de la diaspora noire ?

Pourquoi l’ankh est-il devenu un symbole de la diaspora noire ?

Je n’ai jamais regardé l’ankh comme un simple motif.

Lorsqu’il repose contre la peau, j’y vois le fragment d’une histoire plus vaste. Une histoire qui ne commence ni avec l’esclavage ni avec la colonisation.

Mais comment ce signe vieux de plusieurs millénaires est-il devenu un symbole d’identité et de mémoire pour une partie de la diaspora noire ?

À l’origine, l’ankh signifie « vie »

Avant d’être un bijou, l’ankh est un mot.

Dans l’écriture de l’Égypte ancienne, ce hiéroglyphe signifie « vie ». On le retrouve sur les parois des temples, dans les tombeaux et entre les mains des divinités, parfois approché du visage du pharaon comme pour lui transmettre le souffle vital.

Aujourd’hui appelé croix de vie ou clé de la vie, l’ankh évoque la vie terrestre, mais aussi sa continuité dans l’au-delà.

Une histoire qui ne commence pas avec l’esclavage

Au XXe siècle, la Négritude, le panafricanisme, les luttes anticoloniales puis le Black Power participent, chacun à leur manière, à une même volonté : raconter autrement l’histoire de l’Afrique et de ses diasporas.

Après des siècles durant lesquels les peuples noirs ont été principalement racontés à travers l’esclavage et la colonisation, le regard se tourne vers les civilisations, les savoirs et les créations du continent africain. L’Égypte ancienne occupe alors une place particulière. Son écriture, ses monuments et son ancienneté rappellent une histoire intellectuelle et culturelle bien antérieure à la traite négrière.

Le chercheur sénégalais Cheikh Anta Diop joue un rôle majeur dans ce retour vers l’histoire africaine. Dans Nations nègres et culture, publié en 1954, il conteste la séparation entre l’Égypte ancienne et le reste du continent. Ses travaux influencent profondément plusieurs générations d’intellectuels, d’artistes et de militants africains et diasporiques.

L’ankh n’est alors plus seulement regardé comme un vestige exposé dans un musée. Il devient le signe visible d’une histoire africaine ancienne, antérieure à l’esclavage et à la colonisation.

Du Black Power au bijou porté aujourd’hui

À partir des années 1960, le Black Power et le Black Arts Movement encouragent les populations noires américaines à créer leurs propres images et à définir leur propre esthétique.

Les cheveux naturels, les vêtements, les prénoms africains, la musique et les symboles anciens deviennent des moyens d’affirmer une identité longtemps dévalorisée.

L’ankh commence alors à circuler autrement. Il se porte autour du cou, apparaît sur les vêtements et entre dans les œuvres. Son adoption ne vient pas d’un mouvement unique et ne suit pas une date précise. Elle se construit progressivement, à travers les lectures, les luttes et les créations.

Plus qu’un bijou

Aujourd’hui, l’ankh repose au creux d’un cou, suit le mouvement d’un corps et capte la lumière sur une clavicule.

Pour certaines personnes, il représente la vie ou la protection. Pour d’autres, un lien avec l’Afrique, une mémoire ou une affirmation culturelle. Chacun peut lui donner un sens différent.

Si j’ai choisi de faire entrer l’ankh dans l’univers de MOUN’, c’est pour sa beauté, mais surtout pour ce qu’il porte : une histoire plus ancienne que les ruptures qui nous ont longtemps définis.

Certains bijoux décorent.
D’autres racontent.

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Sources et références

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